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FA

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15 ans, née en Angola

Fragments d’histoire de langues

Terrain 1 : Collégiens, 2018-2019
Corpus : Vanessa Rousseau.
Analyses et construction du portrait :
Vanessa Rousseau et Aude Bretegnier

  • FA a 15 ans lors de l’entretien (2019)
  • Née en Angola, sa langue première est le portugais qui est aussi sa langue de scolarisation en primaire et en secondaire, scolarité qu’elle a suivi en Angola jusqu’à son arrivée en France (fin 2018).
  • Mais si la langue qu’elle déclare comme maternelle est aussi sa langue de scolarisation, FA a grandi dans un univers familial plurilingue.
  • Responsable et soucieuse de réussir, sa motivation et son engagement sont palpables dès son arrivée dans le groupe UPE2A. Elle réalise son stage de troisième au sein d’une crèche et met à profit cette expérience pour valider l’épreuve orale du CFG.
  • Langue maternelle déclarée : portugais.
  • Autres langues familiales : kimbundu (grand-parents), lingala (tante, grand-parents).
  • Langues de scolarisation : portugais, français (depuis 2019).
  • LV1 : anglais.
  • Autre langue citée : espagnol (cousin)
  • FA est angolaise, est née et a grandi au nord de l’Angola.
  • Sa première langue est le portugais, langue officielle de son pays et sa langue de scolarisation, en primaire puis au collège. C’est donc une langue qu’elle maitrise bien, qu’elle s’est appropriée de manière à la fois informelle et formelle, ce qu’elle souligne avec fierté : « oui je l’écris très bien ».
  • Mais sous ce monolinguisme apparent, FA a grandi dans un environnement multilingue, en contact avec diverses langues. Ses grands-parents étaient locuteurs de kimbundu, langue bantoue d’Angola, qu’elle a entendue, mais ne parle pas. Elle cite aussi le lingala, qu’elle associe également à ses grands-parents, mais surtout à sa tante, arrivée du Congo, non lusophone, lorsque FA avait 10 ans, avec laquelle elle a informellement appris cette langue qu’elle ne « parle pas trop », mais qu’elle comprend.
  • A ce répertoire, s’ajoute encore le français, que parlaient aussi ses grands-parents, mais qu’elle n’a vraiment appris que depuis qu’elle est en France. FA mentionne aussi l’anglais, qu’elle avait appris au collège et qu’elle a repris en LV1, ainsi que l’espagnol, proche du portugais, à laquelle l’a initiée un cousin, qui aime cette langue. Comme DA ou RU (portrait 1 et portrait 3), FA énonce sa collection de langues tout en semblant ne pas avoir conscience de son plurilinguisme, qu’elle minore : « pas forcément, pas forcément mais oui ».

Une langue maternelle dominante et des langues familiales environnantes

1- E : donc ta langue maternelle c’est / le / euh / ?
2- FA : portugais
3- E : c’est le portugais ? OK // donc tu utilisais le portugais / hm / à l’oral // et est-ce que tu l’utilisais aussi à l’écrit ?
4- FA : oui / je l’écris très bien
5- E : est-ce que dans ta famille / il y avait d’autres langues  ?
6- FA : oui / y’avait des / hum // y’avait des gens qui dans ma famille qui parlaient français / qui parlaient lingala aussi et j’ai appris / j’ai appris lingala en /en 2015 / avec ma tante / qui les ont vu arriver en côté du Congo
7- E : d’accord / donc tu as //
8- FA : j’ai appris avec elle / parce que/ elle quand // quand les ont vu arriver à l’Angola elle parlait pas portugais / tous les moments elle me parlait lingala / moi je rien comprendre mais après / j’ai commencé à comprendre comme je comprends le français / après j’ai compris / j’ai appris aussi à parler mais je parle pas trop / je comprends mais je parle pas trop
13- E : […] tes grands-parents […] parlaient d’autres langues encore ?
14- FA : Ils parlaient la langue de kimbundu / la langue de l’Angola, c’est une langue qui / ah/ comment on dit / c’est une langue qui à côté Nord de l’Angola parle
15- E : d’accord donc tes grands parents parlent cette langue-là ?
16-18- FA : aaahh oouiii // ils parlaient parce qu’ils ne sont pas vivants / ils parlaient […] ils parlaient français aussi / lingala et portugais
19- E : d’accord donc depuis toute petite / en fait / t’as été habituée à // à entendre plu plusieurs langues en fait ?
20- FA : ah pas forcément / pas forcément /mais // mais oui
[…]
63- FA : […] le espagnol et le portugais sont langues / c’est mélange / j’ai j’ai/ j’ai un cousin qui […] il / il aime parler espagnol avec moi c’est pour ça que je comprends/ je sais un peu des mots espagnols

  • Par bribes, FA dévoile ainsi l’hétérogénéité du patrimoine langagier familial, dans le contexte de l’histoire de son pays, marqué par de multiples conflits et déplacements de population, surtout au Nord, dont elle est originaire, à la frontière du Congo, mais aussi par une politique linguistique fortement assimilationniste en faveur du portugais.
  • FA aime parler, apprendre des langues, et ce rapport affectif est pour elle une condition obligatoire : « il faut aimer la langue pour apprendre », et cette thématique de l’attachement fait, par écho, apparaitre celle du rejet, et à travers cela une notion de langues aux légitimités inégales.
  • Le kimbundu, langue initiale de ses grands-parents, non connue mais reconnue, signifiante pour FA, s’associe au lingala, langue congolaise, qu’elle associe aussi à ses grands-parents, mais surtout incarnée par sa tante, arrivée allophone en Angola depuis le Congo lorsque FA avait 10 ans. Ses discours montrent l’ambivalence de ses ressentis vis-à-vis du lingala, qu’elle « n’aime pas parler avec des gens qu’elle ne connait pas », qui donne lieu à des moqueries, « ils rigolent », mais aussi la « glottophobie » (Blanchet, 2016) associée à cette langue socialement stigmatisée, « cette langa c’est pas bon », et dont l’appropriation pose une question de filiationsuspecte, de légitimité identitaire contestée en tant qu’Angolaise, ce par rapport à quoi elle éprouve le besoin de se justifier « j’suis pas Congolaise moi ».
  • Le portugais, finalement, devenu langue première à l’échelle de sa vie, reste sa seule langue non contestable, qu’elle valorise fortement.

Ni facile, ni difficile, ce qu’il faut c’est « aimer la langue »

33- E : […] pour toi c’est facile d’apprendre une langue ? c’est difficile pour toi ?
34- FA : euh / pas difficile / pas facile / c’est // sais pas // faut être / faut connaître// faut être / faut aimer la langue pour apprendre / si tu aimes pas la langue / tu vas pas apprendre
35- E : ah donc et toi est-ce que tu aimes apprendre la langue ?
36- FA : oui […] moi j’aime bien apprendre des langues / ça /ça me plaît /

Le lingala, entre amour et rejet, pose une question de filiation contestée

109- E : est-ce qu’il y a des choses que tu n’aimes pas faire dans certaines langues […] ?
110- FA : Hm/ parler / parler avec des gens / que je connais pas / lingala / j’aime pas [rires] j’aime pas /
111- E : t’aimes pas parler lingala /
112- FA : […] parce qu’il y a des gens qui rigolent […] qui aiment pas le lingala
116-120 FA : […] comme en Angola, si tu parles lingala ils vont, ils vont te dire / AH non là c’est pas bon […] et pourquoi toi tu parles cette langue / c’est c’est / langue de // de langa / elle disait elle disait ce mot-là /cette langa c’est pas bon // c’est du congolais / tu es Congolais // et ils nous ont dit beaucoup de choses / je sais pas […] mais j’suis pas Congolaise moi / j’suis Angolaise / j’ai appris / beaucoup de gens ils ont dit / mais comment tu appris lingala ? // bah je sais même pas / mais j’ai appris

  • C’est dans le cadre d’un regroupement familial que FA est arrivée en France, venue rejoindre son père, sa belle-mère et ses petites sœurs, arrivés plus tôt qu’elle, déjà francophones. Entre les sœurs, les pratiques évoluent, le français devient peu à peu langue d’usage.
  • Ayant intégré le dispositif UPE2A en cours d’année scolaire, FA s’investit pleinement dans ses apprentissages mais aussi montre dès son entrée une aisance relationnelle qui favorise son insertion dans le groupe. Sa compréhension orale du français lui permet déjà de suivre les cours presque normalement, elle étonne les enseignants par son appropriation estimée très rapide.
  • L’entrée dans le français s’opère clairement à l’appui du portugais, langue parente dont elle utilise la proximité pour entrer dans la langue de l’école. En classe, FA démontre et continue à développer ses compétences interlingues, navigue d’une langue à une autre, transfère, compare. Son appropriation de l’écrit aussi semble presque facile, montrant là une culture scolaire solide, un réinvestissement de stratégies d’apprentissage au profit du français, ce qui favorise nettement sa progression.
  • Elle semble avoir adopté le français, l’investir y compris d’un point de vue affectif, sans freins ou sentiments d’illégitimité, ce qui se marque aussi dans la manière dont elle intègre cette langue dans ses pratiques plurielles, les jeux de langage qui s’opèrent entre sœurs avec lesquelles elle aime « mélanger les langues », avec le portugais, mais aussi avec le lingala, langue-stigmate en Angola qui, en France, a retrouvé une place, est mobilisée comme langue de confidence permettant d’exclure les parents de la conversation.
  • Ainsi peu affirmées, ses compétences plurilingues révèlent toute leur richesse, tant au profit de l’appropriation des normes que de leur transgression, ce qui montre son investissement intime du français en contact des autres, chacune représentant un pan de son histoire, une facette de son répertoire hétérogène.

Intercompréhension entre langues parentes

52- E : et hm / avec tes sœurs ? / quelles langues tu parles maintenant en France ?
53- FA : AH quand j’ai arrivée / je parlais trop de portugais avec elles parce que / quand j’ai arrivée je savais même pas comment parler en français / mais depuis que j’ai entrée à l’école / je parle avec elles en français
54- E : d’accord / et est-ce qu’il y a des mots de portugais ? / est-ce que c’est un mélange / de langues ?
55-57- FA : ah oui des fois c’est mélange de langues […] des fois quand je parle en français après je dis les mots en portugais
58- E : oui c’est ça tu mélanges les langues / d’accord
59- FA : oui je mélange

Investissement du français en contact

82- E1 : alors quand tu mets des mots de lingala dans ta phrase, c’est // pour embêter ton papa ta maman ?
83- FA : ouiii // c’est pour rigoler [rire]
[…]
150 FA : […] y’a des mots que qué / on l’utilise en langue lingala que / en français on utilise aussi
152 FA : […] c’est comme en portugais, ya des mots qui sont […] ils sont écrits différent mais quand la personne elle parle, tu vas -tu vas juste comprendre qu’elle ça veut dire ça en portugais, après moi j’arrive à comprendre

A l’issue de l’entretien, FA a accepté de « dessiner son répertoire de langues ». Les commentaires sont notés par l’enquêtrice à partir des remarques de FA.

Portugues, Lingala, Français, Anglais, Espanhol.
Cinq langues dans un seul et même répertoire ressenti unifié
Compétence plurilingue avérée

Plan de l’exposition →
Imaginaires plurilingues entre familles et écoles : expériences, parcours, démarches didactiques

15 ans, née en Angola

Fragments d’histoire de langues

Terrain 1 : Collégiens, 2018-2019
Corpus : Vanessa Rousseau.
Analyses et construction du portrait :
Vanessa Rousseau et Aude Bretegnier

  • FA a 15 ans lors de l’entretien (2019)
  • Née en Angola, sa langue première est le portugais qui est aussi sa langue de scolarisation en primaire et en secondaire, scolarité qu’elle a suivi en Angola jusqu’à son arrivée en France (fin 2018).
  • Mais si la langue qu’elle déclare comme maternelle est aussi sa langue de scolarisation, FA a grandi dans un univers familial plurilingue.
  • Responsable et soucieuse de réussir, sa motivation et son engagement sont palpables dès son arrivée dans le groupe UPE2A. Elle réalise son stage de troisième au sein d’une crèche et met à profit cette expérience pour valider l’épreuve orale du CFG.
  • Langue maternelle déclarée : portugais.
  • Autres langues familiales : kimbundu (grand-parents), lingala (tante, grand-parents).
  • Langues de scolarisation : portugais, français (depuis 2019).
  • LV1 : anglais.
  • Autre langue citée : espagnol (cousin)
  • FA est angolaise, est née et a grandi au nord de l’Angola.
  • Sa première langue est le portugais, langue officielle de son pays et sa langue de scolarisation, en primaire puis au collège. C’est donc une langue qu’elle maitrise bien, qu’elle s’est appropriée de manière à la fois informelle et formelle, ce qu’elle souligne avec fierté : « oui je l’écris très bien ».
  • Mais sous ce monolinguisme apparent, FA a grandi dans un environnement multilingue, en contact avec diverses langues. Ses grands-parents étaient locuteurs de kimbundu, langue bantoue d’Angola, qu’elle a entendue, mais ne parle pas. Elle cite aussi le lingala, qu’elle associe également à ses grands-parents, mais surtout à sa tante, arrivée du Congo, non lusophone, lorsque FA avait 10 ans, avec laquelle elle a informellement appris cette langue qu’elle ne « parle pas trop », mais qu’elle comprend.
  • A ce répertoire, s’ajoute encore le français, que parlaient aussi ses grands-parents, mais qu’elle n’a vraiment appris que depuis qu’elle est en France. FA mentionne aussi l’anglais, qu’elle avait appris au collège et qu’elle a repris en LV1, ainsi que l’espagnol, proche du portugais, à laquelle l’a initiée un cousin, qui aime cette langue. Comme DA ou RU (portrait 1 et portrait 3), FA énonce sa collection de langues tout en semblant ne pas avoir conscience de son plurilinguisme, qu’elle minore : « pas forcément, pas forcément mais oui ».

Une langue maternelle dominante et des langues familiales environnantes

1- E : donc ta langue maternelle c’est / le / euh / ?
2- FA : portugais
3- E : c’est le portugais ? OK // donc tu utilisais le portugais / hm / à l’oral // et est-ce que tu l’utilisais aussi à l’écrit ?
4- FA : oui / je l’écris très bien
5- E : est-ce que dans ta famille / il y avait d’autres langues  ?
6- FA : oui / y’avait des / hum // y’avait des gens qui dans ma famille qui parlaient français / qui parlaient lingala aussi et j’ai appris / j’ai appris lingala en /en 2015 / avec ma tante / qui les ont vu arriver en côté du Congo
7- E : d’accord / donc tu as //
8- FA : j’ai appris avec elle / parce que/ elle quand // quand les ont vu arriver à l’Angola elle parlait pas portugais / tous les moments elle me parlait lingala / moi je rien comprendre mais après / j’ai commencé à comprendre comme je comprends le français / après j’ai compris / j’ai appris aussi à parler mais je parle pas trop / je comprends mais je parle pas trop
13- E : […] tes grands-parents […] parlaient d’autres langues encore ?
14- FA : Ils parlaient la langue de kimbundu / la langue de l’Angola, c’est une langue qui / ah/ comment on dit / c’est une langue qui à côté Nord de l’Angola parle
15- E : d’accord donc tes grands parents parlent cette langue-là ?
16-18- FA : aaahh oouiii // ils parlaient parce qu’ils ne sont pas vivants / ils parlaient […] ils parlaient français aussi / lingala et portugais
19- E : d’accord donc depuis toute petite / en fait / t’as été habituée à // à entendre plu plusieurs langues en fait ?
20- FA : ah pas forcément / pas forcément /mais // mais oui
[…]
63- FA : […] le espagnol et le portugais sont langues / c’est mélange / j’ai j’ai/ j’ai un cousin qui […] il / il aime parler espagnol avec moi c’est pour ça que je comprends/ je sais un peu des mots espagnols

  • Par bribes, FA dévoile ainsi l’hétérogénéité du patrimoine langagier familial, dans le contexte de l’histoire de son pays, marqué par de multiples conflits et déplacements de population, surtout au Nord, dont elle est originaire, à la frontière du Congo, mais aussi par une politique linguistique fortement assimilationniste en faveur du portugais.
  • FA aime parler, apprendre des langues, et ce rapport affectif est pour elle une condition obligatoire : « il faut aimer la langue pour apprendre », et cette thématique de l’attachement fait, par écho, apparaitre celle du rejet, et à travers cela une notion de langues aux légitimités inégales.
  • Le kimbundu, langue initiale de ses grands-parents, non connue mais reconnue, signifiante pour FA, s’associe au lingala, langue congolaise, qu’elle associe aussi à ses grands-parents, mais surtout incarnée par sa tante, arrivée allophone en Angola depuis le Congo lorsque FA avait 10 ans. Ses discours montrent l’ambivalence de ses ressentis vis-à-vis du lingala, qu’elle « n’aime pas parler avec des gens qu’elle ne connait pas », qui donne lieu à des moqueries, « ils rigolent », mais aussi la « glottophobie » (Blanchet, 2016) associée à cette langue socialement stigmatisée, « cette langa c’est pas bon », et dont l’appropriation pose une question de filiationsuspecte, de légitimité identitaire contestée en tant qu’Angolaise, ce par rapport à quoi elle éprouve le besoin de se justifier « j’suis pas Congolaise moi ».
  • Le portugais, finalement, devenu langue première à l’échelle de sa vie, reste sa seule langue non contestable, qu’elle valorise fortement.

Ni facile, ni difficile, ce qu’il faut c’est « aimer la langue »

33- E : […] pour toi c’est facile d’apprendre une langue ? c’est difficile pour toi ?
34- FA : euh / pas difficile / pas facile / c’est // sais pas // faut être / faut connaître// faut être / faut aimer la langue pour apprendre / si tu aimes pas la langue / tu vas pas apprendre
35- E : ah donc et toi est-ce que tu aimes apprendre la langue ?
36- FA : oui […] moi j’aime bien apprendre des langues / ça /ça me plaît /

Le lingala, entre amour et rejet, pose une question de filiation contestée

109- E : est-ce qu’il y a des choses que tu n’aimes pas faire dans certaines langues […] ?
110- FA : Hm/ parler / parler avec des gens / que je connais pas / lingala / j’aime pas [rires] j’aime pas /
111- E : t’aimes pas parler lingala /
112- FA : […] parce qu’il y a des gens qui rigolent […] qui aiment pas le lingala
116-120 FA : […] comme en Angola, si tu parles lingala ils vont, ils vont te dire / AH non là c’est pas bon […] et pourquoi toi tu parles cette langue / c’est c’est / langue de // de langa / elle disait elle disait ce mot-là /cette langa c’est pas bon // c’est du congolais / tu es Congolais // et ils nous ont dit beaucoup de choses / je sais pas […] mais j’suis pas Congolaise moi / j’suis Angolaise / j’ai appris / beaucoup de gens ils ont dit / mais comment tu appris lingala ? // bah je sais même pas / mais j’ai appris

  • C’est dans le cadre d’un regroupement familial que FA est arrivée en France, venue rejoindre son père, sa belle-mère et ses petites sœurs, arrivés plus tôt qu’elle, déjà francophones. Entre les sœurs, les pratiques évoluent, le français devient peu à peu langue d’usage.
  • Ayant intégré le dispositif UPE2A en cours d’année scolaire, FA s’investit pleinement dans ses apprentissages mais aussi montre dès son entrée une aisance relationnelle qui favorise son insertion dans le groupe. Sa compréhension orale du français lui permet déjà de suivre les cours presque normalement, elle étonne les enseignants par son appropriation estimée très rapide.
  • L’entrée dans le français s’opère clairement à l’appui du portugais, langue parente dont elle utilise la proximité pour entrer dans la langue de l’école. En classe, FA démontre et continue à développer ses compétences interlingues, navigue d’une langue à une autre, transfère, compare. Son appropriation de l’écrit aussi semble presque facile, montrant là une culture scolaire solide, un réinvestissement de stratégies d’apprentissage au profit du français, ce qui favorise nettement sa progression.
  • Elle semble avoir adopté le français, l’investir y compris d’un point de vue affectif, sans freins ou sentiments d’illégitimité, ce qui se marque aussi dans la manière dont elle intègre cette langue dans ses pratiques plurielles, les jeux de langage qui s’opèrent entre sœurs avec lesquelles elle aime « mélanger les langues », avec le portugais, mais aussi avec le lingala, langue-stigmate en Angola qui, en France, a retrouvé une place, est mobilisée comme langue de confidence permettant d’exclure les parents de la conversation.
  • Ainsi peu affirmées, ses compétences plurilingues révèlent toute leur richesse, tant au profit de l’appropriation des normes que de leur transgression, ce qui montre son investissement intime du français en contact des autres, chacune représentant un pan de son histoire, une facette de son répertoire hétérogène.

Intercompréhension entre langues parentes

52- E : et hm / avec tes sœurs ? / quelles langues tu parles maintenant en France ?
53- FA : AH quand j’ai arrivée / je parlais trop de portugais avec elles parce que / quand j’ai arrivée je savais même pas comment parler en français / mais depuis que j’ai entrée à l’école / je parle avec elles en français
54- E : d’accord / et est-ce qu’il y a des mots de portugais ? / est-ce que c’est un mélange / de langues ?
55-57- FA : ah oui des fois c’est mélange de langues […] des fois quand je parle en français après je dis les mots en portugais
58- E : oui c’est ça tu mélanges les langues / d’accord
59- FA : oui je mélange

Investissement du français en contact

82- E1 : alors quand tu mets des mots de lingala dans ta phrase, c’est // pour embêter ton papa ta maman ?
83- FA : ouiii // c’est pour rigoler [rire]
[…]
150 FA : […] y’a des mots que qué / on l’utilise en langue lingala que / en français on utilise aussi
152 FA : […] c’est comme en portugais, ya des mots qui sont […] ils sont écrits différent mais quand la personne elle parle, tu vas -tu vas juste comprendre qu’elle ça veut dire ça en portugais, après moi j’arrive à comprendre

A l’issue de l’entretien, FA a accepté de « dessiner son répertoire de langues ». Les commentaires sont notés par l’enquêtrice à partir des remarques de FA.

Portugues, Lingala, Français, Anglais, Espanhol.
Cinq langues dans un seul et même répertoire ressenti unifié
Compétence plurilingue avérée

15 ans, née en Angola

Fragments d’histoire de langues

Terrain 1 : Collégiens, 2018-2019
Corpus : Vanessa Rousseau.
Analyses et construction du portrait :
Vanessa Rousseau et Aude Bretegnier

  • FA a 15 ans lors de l’entretien (2019)
  • Née en Angola, sa langue première est le portugais qui est aussi sa langue de scolarisation en primaire et en secondaire, scolarité qu’elle a suivi en Angola jusqu’à son arrivée en France (fin 2018).
  • Mais si la langue qu’elle déclare comme maternelle est aussi sa langue de scolarisation, FA a grandi dans un univers familial plurilingue.
  • Responsable et soucieuse de réussir, sa motivation et son engagement sont palpables dès son arrivée dans le groupe UPE2A. Elle réalise son stage de troisième au sein d’une crèche et met à profit cette expérience pour valider l’épreuve orale du CFG.
  • Langue maternelle déclarée : portugais.
  • Autres langues familiales : kimbundu (grand-parents), lingala (tante, grand-parents).
  • Langues de scolarisation : portugais, français (depuis 2019).
  • LV1 : anglais.
  • Autre langue citée : espagnol (cousin)
  • FA est angolaise, est née et a grandi au nord de l’Angola.
  • Sa première langue est le portugais, langue officielle de son pays et sa langue de scolarisation, en primaire puis au collège. C’est donc une langue qu’elle maitrise bien, qu’elle s’est appropriée de manière à la fois informelle et formelle, ce qu’elle souligne avec fierté : « oui je l’écris très bien ».
  • Mais sous ce monolinguisme apparent, FA a grandi dans un environnement multilingue, en contact avec diverses langues. Ses grands-parents étaient locuteurs de kimbundu, langue bantoue d’Angola, qu’elle a entendue, mais ne parle pas. Elle cite aussi le lingala, qu’elle associe également à ses grands-parents, mais surtout à sa tante, arrivée du Congo, non lusophone, lorsque FA avait 10 ans, avec laquelle elle a informellement appris cette langue qu’elle ne « parle pas trop », mais qu’elle comprend.
  • A ce répertoire, s’ajoute encore le français, que parlaient aussi ses grands-parents, mais qu’elle n’a vraiment appris que depuis qu’elle est en France. FA mentionne aussi l’anglais, qu’elle avait appris au collège et qu’elle a repris en LV1, ainsi que l’espagnol, proche du portugais, à laquelle l’a initiée un cousin, qui aime cette langue. Comme DA ou RU (portrait 1 et portrait 3), FA énonce sa collection de langues tout en semblant ne pas avoir conscience de son plurilinguisme, qu’elle minore : « pas forcément, pas forcément mais oui ».

Une langue maternelle dominante et des langues familiales environnantes

1- E : donc ta langue maternelle c’est / le / euh / ?
2- FA : portugais
3- E : c’est le portugais ? OK // donc tu utilisais le portugais / hm / à l’oral // et est-ce que tu l’utilisais aussi à l’écrit ?
4- FA : oui / je l’écris très bien
5- E : est-ce que dans ta famille / il y avait d’autres langues  ?
6- FA : oui / y’avait des / hum // y’avait des gens qui dans ma famille qui parlaient français / qui parlaient lingala aussi et j’ai appris / j’ai appris lingala en /en 2015 / avec ma tante / qui les ont vu arriver en côté du Congo
7- E : d’accord / donc tu as //
8- FA : j’ai appris avec elle / parce que/ elle quand // quand les ont vu arriver à l’Angola elle parlait pas portugais / tous les moments elle me parlait lingala / moi je rien comprendre mais après / j’ai commencé à comprendre comme je comprends le français / après j’ai compris / j’ai appris aussi à parler mais je parle pas trop / je comprends mais je parle pas trop
13- E : […] tes grands-parents […] parlaient d’autres langues encore ?
14- FA : Ils parlaient la langue de kimbundu / la langue de l’Angola, c’est une langue qui / ah/ comment on dit / c’est une langue qui à côté Nord de l’Angola parle
15- E : d’accord donc tes grands parents parlent cette langue-là ?
16-18- FA : aaahh oouiii // ils parlaient parce qu’ils ne sont pas vivants / ils parlaient […] ils parlaient français aussi / lingala et portugais
19- E : d’accord donc depuis toute petite / en fait / t’as été habituée à // à entendre plu plusieurs langues en fait ?
20- FA : ah pas forcément / pas forcément /mais // mais oui
[…]
63- FA : […] le espagnol et le portugais sont langues / c’est mélange / j’ai j’ai/ j’ai un cousin qui […] il / il aime parler espagnol avec moi c’est pour ça que je comprends/ je sais un peu des mots espagnols

  • Par bribes, FA dévoile ainsi l’hétérogénéité du patrimoine langagier familial, dans le contexte de l’histoire de son pays, marqué par de multiples conflits et déplacements de population, surtout au Nord, dont elle est originaire, à la frontière du Congo, mais aussi par une politique linguistique fortement assimilationniste en faveur du portugais.
  • FA aime parler, apprendre des langues, et ce rapport affectif est pour elle une condition obligatoire : « il faut aimer la langue pour apprendre », et cette thématique de l’attachement fait, par écho, apparaitre celle du rejet, et à travers cela une notion de langues aux légitimités inégales.
  • Le kimbundu, langue initiale de ses grands-parents, non connue mais reconnue, signifiante pour FA, s’associe au lingala, langue congolaise, qu’elle associe aussi à ses grands-parents, mais surtout incarnée par sa tante, arrivée allophone en Angola depuis le Congo lorsque FA avait 10 ans. Ses discours montrent l’ambivalence de ses ressentis vis-à-vis du lingala, qu’elle « n’aime pas parler avec des gens qu’elle ne connait pas », qui donne lieu à des moqueries, « ils rigolent », mais aussi la « glottophobie » (Blanchet, 2016) associée à cette langue socialement stigmatisée, « cette langa c’est pas bon », et dont l’appropriation pose une question de filiationsuspecte, de légitimité identitaire contestée en tant qu’Angolaise, ce par rapport à quoi elle éprouve le besoin de se justifier « j’suis pas Congolaise moi ».
  • Le portugais, finalement, devenu langue première à l’échelle de sa vie, reste sa seule langue non contestable, qu’elle valorise fortement.

Ni facile, ni difficile, ce qu’il faut c’est « aimer la langue »

33- E : […] pour toi c’est facile d’apprendre une langue ? c’est difficile pour toi ?
34- FA : euh / pas difficile / pas facile / c’est // sais pas // faut être / faut connaître// faut être / faut aimer la langue pour apprendre / si tu aimes pas la langue / tu vas pas apprendre
35- E : ah donc et toi est-ce que tu aimes apprendre la langue ?
36- FA : oui […] moi j’aime bien apprendre des langues / ça /ça me plaît /

Le lingala, entre amour et rejet, pose une question de filiation contestée

109- E : est-ce qu’il y a des choses que tu n’aimes pas faire dans certaines langues […] ?
110- FA : Hm/ parler / parler avec des gens / que je connais pas / lingala / j’aime pas [rires] j’aime pas /
111- E : t’aimes pas parler lingala /
112- FA : […] parce qu’il y a des gens qui rigolent […] qui aiment pas le lingala
116-120 FA : […] comme en Angola, si tu parles lingala ils vont, ils vont te dire / AH non là c’est pas bon […] et pourquoi toi tu parles cette langue / c’est c’est / langue de // de langa / elle disait elle disait ce mot-là /cette langa c’est pas bon // c’est du congolais / tu es Congolais // et ils nous ont dit beaucoup de choses / je sais pas […] mais j’suis pas Congolaise moi / j’suis Angolaise / j’ai appris / beaucoup de gens ils ont dit / mais comment tu appris lingala ? // bah je sais même pas / mais j’ai appris

  • C’est dans le cadre d’un regroupement familial que FA est arrivée en France, venue rejoindre son père, sa belle-mère et ses petites sœurs, arrivés plus tôt qu’elle, déjà francophones. Entre les sœurs, les pratiques évoluent, le français devient peu à peu langue d’usage.
  • Ayant intégré le dispositif UPE2A en cours d’année scolaire, FA s’investit pleinement dans ses apprentissages mais aussi montre dès son entrée une aisance relationnelle qui favorise son insertion dans le groupe. Sa compréhension orale du français lui permet déjà de suivre les cours presque normalement, elle étonne les enseignants par son appropriation estimée très rapide.
  • L’entrée dans le français s’opère clairement à l’appui du portugais, langue parente dont elle utilise la proximité pour entrer dans la langue de l’école. En classe, FA démontre et continue à développer ses compétences interlingues, navigue d’une langue à une autre, transfère, compare. Son appropriation de l’écrit aussi semble presque facile, montrant là une culture scolaire solide, un réinvestissement de stratégies d’apprentissage au profit du français, ce qui favorise nettement sa progression.
  • Elle semble avoir adopté le français, l’investir y compris d’un point de vue affectif, sans freins ou sentiments d’illégitimité, ce qui se marque aussi dans la manière dont elle intègre cette langue dans ses pratiques plurielles, les jeux de langage qui s’opèrent entre sœurs avec lesquelles elle aime « mélanger les langues », avec le portugais, mais aussi avec le lingala, langue-stigmate en Angola qui, en France, a retrouvé une place, est mobilisée comme langue de confidence permettant d’exclure les parents de la conversation.
  • Ainsi peu affirmées, ses compétences plurilingues révèlent toute leur richesse, tant au profit de l’appropriation des normes que de leur transgression, ce qui montre son investissement intime du français en contact des autres, chacune représentant un pan de son histoire, une facette de son répertoire hétérogène.

Intercompréhension entre langues parentes

52- E : et hm / avec tes sœurs ? / quelles langues tu parles maintenant en France ?
53- FA : AH quand j’ai arrivée / je parlais trop de portugais avec elles parce que / quand j’ai arrivée je savais même pas comment parler en français / mais depuis que j’ai entrée à l’école / je parle avec elles en français
54- E : d’accord / et est-ce qu’il y a des mots de portugais ? / est-ce que c’est un mélange / de langues ?
55-57- FA : ah oui des fois c’est mélange de langues […] des fois quand je parle en français après je dis les mots en portugais
58- E : oui c’est ça tu mélanges les langues / d’accord
59- FA : oui je mélange

Investissement du français en contact

82- E1 : alors quand tu mets des mots de lingala dans ta phrase, c’est // pour embêter ton papa ta maman ?
83- FA : ouiii // c’est pour rigoler [rire]
[…]
150 FA : […] y’a des mots que qué / on l’utilise en langue lingala que / en français on utilise aussi
152 FA : […] c’est comme en portugais, ya des mots qui sont […] ils sont écrits différent mais quand la personne elle parle, tu vas -tu vas juste comprendre qu’elle ça veut dire ça en portugais, après moi j’arrive à comprendre

A l’issue de l’entretien, FA a accepté de « dessiner son répertoire de langues ». Les commentaires sont notés par l’enquêtrice à partir des remarques de FA.

Portugues, Lingala, Français, Anglais, Espanhol.
Cinq langues dans un seul et même répertoire ressenti unifié
Compétence plurilingue avérée

À CONSULTER...

15 ans, née en Angola

Fragments d’histoire de langues

Terrain 1 : Collégiens, 2018-2019
Corpus : Vanessa Rousseau.
Analyses et construction du portrait :
Vanessa Rousseau et Aude Bretegnier

  • FA a 15 ans lors de l’entretien (2019)
  • Née en Angola, sa langue première est le portugais qui est aussi sa langue de scolarisation en primaire et en secondaire, scolarité qu’elle a suivi en Angola jusqu’à son arrivée en France (fin 2018).
  • Mais si la langue qu’elle déclare comme maternelle est aussi sa langue de scolarisation, FA a grandi dans un univers familial plurilingue.
  • Responsable et soucieuse de réussir, sa motivation et son engagement sont palpables dès son arrivée dans le groupe UPE2A. Elle réalise son stage de troisième au sein d’une crèche et met à profit cette expérience pour valider l’épreuve orale du CFG.
  • Langue maternelle déclarée : portugais.
  • Autres langues familiales : kimbundu (grand-parents), lingala (tante, grand-parents).
  • Langues de scolarisation : portugais, français (depuis 2019).
  • LV1 : anglais.
  • Autre langue citée : espagnol (cousin)
  • FA est angolaise, est née et a grandi au nord de l’Angola.
  • Sa première langue est le portugais, langue officielle de son pays et sa langue de scolarisation, en primaire puis au collège. C’est donc une langue qu’elle maitrise bien, qu’elle s’est appropriée de manière à la fois informelle et formelle, ce qu’elle souligne avec fierté : « oui je l’écris très bien ».
  • Mais sous ce monolinguisme apparent, FA a grandi dans un environnement multilingue, en contact avec diverses langues. Ses grands-parents étaient locuteurs de kimbundu, langue bantoue d’Angola, qu’elle a entendue, mais ne parle pas. Elle cite aussi le lingala, qu’elle associe également à ses grands-parents, mais surtout à sa tante, arrivée du Congo, non lusophone, lorsque FA avait 10 ans, avec laquelle elle a informellement appris cette langue qu’elle ne « parle pas trop », mais qu’elle comprend.
  • A ce répertoire, s’ajoute encore le français, que parlaient aussi ses grands-parents, mais qu’elle n’a vraiment appris que depuis qu’elle est en France. FA mentionne aussi l’anglais, qu’elle avait appris au collège et qu’elle a repris en LV1, ainsi que l’espagnol, proche du portugais, à laquelle l’a initiée un cousin, qui aime cette langue. Comme DA ou RU (portrait 1 et portrait 3), FA énonce sa collection de langues tout en semblant ne pas avoir conscience de son plurilinguisme, qu’elle minore : « pas forcément, pas forcément mais oui ».

Une langue maternelle dominante et des langues familiales environnantes

1- E : donc ta langue maternelle c’est / le / euh / ?
2- FA : portugais
3- E : c’est le portugais ? OK // donc tu utilisais le portugais / hm / à l’oral // et est-ce que tu l’utilisais aussi à l’écrit ?
4- FA : oui / je l’écris très bien
5- E : est-ce que dans ta famille / il y avait d’autres langues  ?
6- FA : oui / y’avait des / hum // y’avait des gens qui dans ma famille qui parlaient français / qui parlaient lingala aussi et j’ai appris / j’ai appris lingala en /en 2015 / avec ma tante / qui les ont vu arriver en côté du Congo
7- E : d’accord / donc tu as //
8- FA : j’ai appris avec elle / parce que/ elle quand // quand les ont vu arriver à l’Angola elle parlait pas portugais / tous les moments elle me parlait lingala / moi je rien comprendre mais après / j’ai commencé à comprendre comme je comprends le français / après j’ai compris / j’ai appris aussi à parler mais je parle pas trop / je comprends mais je parle pas trop
13- E : […] tes grands-parents […] parlaient d’autres langues encore ?
14- FA : Ils parlaient la langue de kimbundu / la langue de l’Angola, c’est une langue qui / ah/ comment on dit / c’est une langue qui à côté Nord de l’Angola parle
15- E : d’accord donc tes grands parents parlent cette langue-là ?
16-18- FA : aaahh oouiii // ils parlaient parce qu’ils ne sont pas vivants / ils parlaient […] ils parlaient français aussi / lingala et portugais
19- E : d’accord donc depuis toute petite / en fait / t’as été habituée à // à entendre plu plusieurs langues en fait ?
20- FA : ah pas forcément / pas forcément /mais // mais oui
[…]
63- FA : […] le espagnol et le portugais sont langues / c’est mélange / j’ai j’ai/ j’ai un cousin qui […] il / il aime parler espagnol avec moi c’est pour ça que je comprends/ je sais un peu des mots espagnols

  • Par bribes, FA dévoile ainsi l’hétérogénéité du patrimoine langagier familial, dans le contexte de l’histoire de son pays, marqué par de multiples conflits et déplacements de population, surtout au Nord, dont elle est originaire, à la frontière du Congo, mais aussi par une politique linguistique fortement assimilationniste en faveur du portugais.
  • FA aime parler, apprendre des langues, et ce rapport affectif est pour elle une condition obligatoire : « il faut aimer la langue pour apprendre », et cette thématique de l’attachement fait, par écho, apparaitre celle du rejet, et à travers cela une notion de langues aux légitimités inégales.
  • Le kimbundu, langue initiale de ses grands-parents, non connue mais reconnue, signifiante pour FA, s’associe au lingala, langue congolaise, qu’elle associe aussi à ses grands-parents, mais surtout incarnée par sa tante, arrivée allophone en Angola depuis le Congo lorsque FA avait 10 ans. Ses discours montrent l’ambivalence de ses ressentis vis-à-vis du lingala, qu’elle « n’aime pas parler avec des gens qu’elle ne connait pas », qui donne lieu à des moqueries, « ils rigolent », mais aussi la « glottophobie » (Blanchet, 2016) associée à cette langue socialement stigmatisée, « cette langa c’est pas bon », et dont l’appropriation pose une question de filiationsuspecte, de légitimité identitaire contestée en tant qu’Angolaise, ce par rapport à quoi elle éprouve le besoin de se justifier « j’suis pas Congolaise moi ».
  • Le portugais, finalement, devenu langue première à l’échelle de sa vie, reste sa seule langue non contestable, qu’elle valorise fortement.

Ni facile, ni difficile, ce qu’il faut c’est « aimer la langue »

33- E : […] pour toi c’est facile d’apprendre une langue ? c’est difficile pour toi ?
34- FA : euh / pas difficile / pas facile / c’est // sais pas // faut être / faut connaître// faut être / faut aimer la langue pour apprendre / si tu aimes pas la langue / tu vas pas apprendre
35- E : ah donc et toi est-ce que tu aimes apprendre la langue ?
36- FA : oui […] moi j’aime bien apprendre des langues / ça /ça me plaît /

Le lingala, entre amour et rejet, pose une question de filiation contestée

109- E : est-ce qu’il y a des choses que tu n’aimes pas faire dans certaines langues […] ?
110- FA : Hm/ parler / parler avec des gens / que je connais pas / lingala / j’aime pas [rires] j’aime pas /
111- E : t’aimes pas parler lingala /
112- FA : […] parce qu’il y a des gens qui rigolent […] qui aiment pas le lingala
116-120 FA : […] comme en Angola, si tu parles lingala ils vont, ils vont te dire / AH non là c’est pas bon […] et pourquoi toi tu parles cette langue / c’est c’est / langue de // de langa / elle disait elle disait ce mot-là /cette langa c’est pas bon // c’est du congolais / tu es Congolais // et ils nous ont dit beaucoup de choses / je sais pas […] mais j’suis pas Congolaise moi / j’suis Angolaise / j’ai appris / beaucoup de gens ils ont dit / mais comment tu appris lingala ? // bah je sais même pas / mais j’ai appris

  • C’est dans le cadre d’un regroupement familial que FA est arrivée en France, venue rejoindre son père, sa belle-mère et ses petites sœurs, arrivés plus tôt qu’elle, déjà francophones. Entre les sœurs, les pratiques évoluent, le français devient peu à peu langue d’usage.
  • Ayant intégré le dispositif UPE2A en cours d’année scolaire, FA s’investit pleinement dans ses apprentissages mais aussi montre dès son entrée une aisance relationnelle qui favorise son insertion dans le groupe. Sa compréhension orale du français lui permet déjà de suivre les cours presque normalement, elle étonne les enseignants par son appropriation estimée très rapide.
  • L’entrée dans le français s’opère clairement à l’appui du portugais, langue parente dont elle utilise la proximité pour entrer dans la langue de l’école. En classe, FA démontre et continue à développer ses compétences interlingues, navigue d’une langue à une autre, transfère, compare. Son appropriation de l’écrit aussi semble presque facile, montrant là une culture scolaire solide, un réinvestissement de stratégies d’apprentissage au profit du français, ce qui favorise nettement sa progression.
  • Elle semble avoir adopté le français, l’investir y compris d’un point de vue affectif, sans freins ou sentiments d’illégitimité, ce qui se marque aussi dans la manière dont elle intègre cette langue dans ses pratiques plurielles, les jeux de langage qui s’opèrent entre sœurs avec lesquelles elle aime « mélanger les langues », avec le portugais, mais aussi avec le lingala, langue-stigmate en Angola qui, en France, a retrouvé une place, est mobilisée comme langue de confidence permettant d’exclure les parents de la conversation.
  • Ainsi peu affirmées, ses compétences plurilingues révèlent toute leur richesse, tant au profit de l’appropriation des normes que de leur transgression, ce qui montre son investissement intime du français en contact des autres, chacune représentant un pan de son histoire, une facette de son répertoire hétérogène.

Intercompréhension entre langues parentes

52- E : et hm / avec tes sœurs ? / quelles langues tu parles maintenant en France ?
53- FA : AH quand j’ai arrivée / je parlais trop de portugais avec elles parce que / quand j’ai arrivée je savais même pas comment parler en français / mais depuis que j’ai entrée à l’école / je parle avec elles en français
54- E : d’accord / et est-ce qu’il y a des mots de portugais ? / est-ce que c’est un mélange / de langues ?
55-57- FA : ah oui des fois c’est mélange de langues […] des fois quand je parle en français après je dis les mots en portugais
58- E : oui c’est ça tu mélanges les langues / d’accord
59- FA : oui je mélange

Investissement du français en contact

82- E1 : alors quand tu mets des mots de lingala dans ta phrase, c’est // pour embêter ton papa ta maman ?
83- FA : ouiii // c’est pour rigoler [rire]
[…]
150 FA : […] y’a des mots que qué / on l’utilise en langue lingala que / en français on utilise aussi
152 FA : […] c’est comme en portugais, ya des mots qui sont […] ils sont écrits différent mais quand la personne elle parle, tu vas -tu vas juste comprendre qu’elle ça veut dire ça en portugais, après moi j’arrive à comprendre

A l’issue de l’entretien, FA a accepté de « dessiner son répertoire de langues ». Les commentaires sont notés par l’enquêtrice à partir des remarques de FA.

Portugues, Lingala, Français, Anglais, Espanhol.
Cinq langues dans un seul et même répertoire ressenti unifié
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