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Seydou

L’ENFANT, UN ÊTRE À FORMER

NOUVEAUX LIEUX, NOUVELLES INSTITUTIONS

DES RÉGENTS ET D’ANCIENS ÉLÈVES TÉMOIGNENT

BIBLIOTHÈQUE SONORE

32 ans, né au Sénégal

Fragments d’histoire de langues

Terrain 6 : « Migr’étudiants »

Corpus de thèse : Parcours migratoires et constructions identitaires en contextes francophones. Une lecture sociolinguistique du processus d’intégration de migrants africains en France et en Acadie du Nouveau-Brunswick, 2014
Marie-Laure Tending

  • Originaire du Sénégal
  • En France depuis 6 ans (au moment de l’entretien)
  • Etudiant en lettres classiques et littératures comparées
  • Né en 1974 à Tivaouane (là où se parle selon lui, le wolof « pur ») => Ville du centre du Sénégal, haut lieu de culte et de pèlerinage de la confrérie religieuse musulmane des Tidjanes [la tidjanyya est un courant du soufisme] et zone principalement dominée par les Wolof.
  • Parents tous les deux Wolofs
  • Langue maternelle déclarée : wolof, unique langue de communication familiale
  • Autres langues : toucouleur (langue « ramassée); français (langue de l’école) ; arabe (langue de la pratique religieuse); anglais (langue scolaire)

Seydou est originaire du Sénégal. Né en 1974, de parents tous les deux Wolofs, à Tivaouane (ville du centre-ouest du Sénégal, où se parlerait selon lui le wolof « le plus pur »), il se dit aujourd’hui fier d’être Wolof et de pratiquer sa langue partout où il en a la possibilité, y compris et surtout à l’étranger, puisqu’elle lui rappelle sa mère patrie. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Dur apprentissage et « sacralisation » du français…

Tout petit déjà, Seydou vouait un respect quasi « religieux » au français, qu’il a appris à l’école, durement. Il garde un souvenir cuisant, mais aussi, d’une certaine manière, reconnaissant, des séances de dictées faites par son père qui leur infligeait, à lui et à son frère, autant de coup de bâtons que de fautes commises).

…minorisations emboitées du wolof et du toucouleur

S’il a « souffert » pour apprendre le français, en revanche, le wolof (la langue que Seydou reconnaît comme étant sa langue maternelle), ainsi que le toucouleur, langue qu’il a « ramassée », comme il dit (en jouant avec le petit voisin dont sa famille et la sienne partageaient une même cour), ils les a acquis sans aucune forme d’effort, et considère, à ce titre, n’avoir aucun mérite à les parler. N’importe qui, en effet, est selon lui capable d’en faire autant, alors que le français n’était, dans le contexte qu’il évoque, accessible qu’à ceux qui avaient le privilège d’être scolarisés et le mérite de bien travailler à l’école, et donc, de pouvoir le maîtriser par ce biais (valorisant, selon les critères appréciatifs de Seydou).

« J’ai trop souffert pour apprendre cette langue »

« Je sais que le français je l’ai toujours respecté, mais trop même ! Parce que bon, j’ai souffert à cause de cette langue quoi. Comme je te l’ai dit, mon père y nous faisait faire des dictées. Tous les soirs on avait droit à une dictée et fallait pas faire de fautes ! Ça c’était hors de question sinon on était bien bien punis quoi [rires], mais très bien sanctionnés! » (Seydou)

« Je ne l’appelais même pas langue »

« C’était juste une langue que je parlais comme ça. Je ne l’appelais même pas langue quoi. C’était naturel quoi, tout le monde parlait wolof quoi. Même ceux qui n’ont pas été à l’école parlaient wolof. Tu vois, on n’a pas souffert pour apprendre cette langue-là. Alors que je sais que j’ai souffert pour apprendre la langue française ! Par contre, le wolof… Bon du coup, pour moi y avait même pas photo quoi entre le français et le wolof. » (Seydou)

Le père de Seydou a été muté dans le Sud du pays, à Ziguinchor, une des villes principales de la Casamance. Cette région, dont le groupe ethnique dominant est celui des Diola, était notamment caractérisée par une présence du véhiculaire national, le wolof, moins forte que dans les autres régions du Sénégal, avec une préférence accordée au français pour les situations de communication interethnique.
Etape marquante dans l’histoire langagière de Seydou et sa relation au français.

Du sanctuaire de la classe à la rue… désacralisation du français

  • L’étape casamançaise du parcours de Seydou (d’une durée de sept ans) constitue en effet une expérience inédite dans son compagnonnage avec le français, relevant, si l’on se place dans son univers représentationnel, de l’ordre du passage du sacré au profane.
  • Lui, pour qui le français représentait une langue réservée au cadre « sacré » de la classe, s’est soudainement retrouvé dans une situation étrange (choquante, pour reprendre ses mots) où le français est aussi une langue de jeu avec les petits camarades, dans la cours de l’école et… en dehors, dans la rue…
  • En d’autres mots, et plus « diglossiquement » parlant, Seydou a dû faire usage du français dans des situations autres que celle très institutionnelle et formelle de la salle de classe, passant, du statut de locuteur passif et occasionnel du français dans ce cadre structuré, et prévisible (le maître parle, lui il écoute et écris ses leçons), à celui d’interlocuteur de manière plus fréquente, spontanée et du coup moins sécure…

« Ce qui m’interroge le plus c’est mon séjour à Ziguinchor parce que je sais que là bas je me suis ADAPTE à quelque chose que je connaissais pas et c’était pas naturel. Je connaissais la langue française, bon pas très bien, mais je pouvais me débrouiller.

[…] là tout a presque changé. Parce que j’arrive dans une école, je suis en CM2, j’ai des nouveaux amis… et tout le monde euh parlait français. ça m’avais choqué! Parce que bon, moi j’étais habitué à parler le wolof avec mes amis que ce soit à l’école que ce soit au quartier.
 
[…] Pour moi le français c’était pas une langue qu’on utilisait dans la rue, dans la cour de l’école. Pour moi c’était une langue uniquement réservée à la classe quoi. Je viens dans la classe, le maître il parle, j’écoute et j’écris mes leçons. Pour moi c’était ça la langue française. Mais pas une langue qu’on va utiliser avec ses copains. Fallait même pas jouer avec! Donc pour moi, sortir cette langue de la classe, dans la cour, dans la rue, c’était un peu diminuer sa valeur quoi. La désacraliser. » (Seydou)

Se dessine en filigrane comme un sentiment d’illégitimité linguistique dans la posture nouvelle de pratique interactive orale du français, en situation informelle… non cadrée

L’arrivée et le séjour de Seydou en France pour la poursuite de ses études supérieures, marque une autre étape importante dans sa vie et sera, comme lors de sa première expérience de mobilité en Casamance, source de reconfiguration de ses rapports identitaires aux langues.

« Dis-moi quelle langue tu parles, je te dirai qui tu es… »

Le wolof que Seydou n’« appelait même langue », néanmoins langue maternelle et véhiculaire de son répertoire langagier, revêt pour lui et de manière plus significative à la faveur de la migration et de l’éloignement de sa mère partie, une fonction de manifestation et d’affirmation de son identité sénégalaise.

« Il faut exprimer notre sénégalité, en faisant quoi ? En parlant notre langue, le wolof »

« On est en France, on est loin de notre Sénégal, mais ce qui nous caractérise ici c’est cette identité sénégalaise. Il y a une langue véhiculaire qui est connue par tout le monde, qui est le wolof. Donc étant Sénégalais je dois manifester ma sénégalité par le wolof. » (Seydou)

« Fonction grégaire » de la langue et sanction sociale…

Le wolof représente en effet l’emblème par excellence d’identification et de reconnaissance nationale des Sénégalais de la diaspora, lui conférant, en sus de sa fonction de véhiculaire, une fonction grégaire propre aux vernaculaires. Cette sanction sociale, exprimée à l’encontre de celles et ceux qui « refuseraient de répondre à une invitation (implicite) de parler wolof », au-delà du fait qu’elle condamnerait la non-allégeance supposée à l’identité sénégalaise, serait peut-être aussi une forme de condamnation symbolique d’une adhésion trop ostentatoire au français, langue officielle, non autochtone, non supposément identitaire, mais langue de l’élite sociale.

« Tu es à Dakar, tu parles français dans la rue ou bien avec tes copines. On dit : « akh de fa beri mana, dey diaye affaires*/elle se la raconte, elle se la pète ».

*Séquence en wolof traduite dans la suite immédiate du propos de Seydou.

C’est ce qu’on dit, tu vois ? C’est encore une fois une preuve de la sanction sociale. C’est comme ça. C’est pas fondé, c’est pas vérifiable, c’est pas scientifique, mais on n’y peut rien. Donc, forcément, quand je viens et que tu refuses de répondre à mon invitation de parler wolof, je dis « ah, elle se la raconte », je me pose pas de questions. » (Seydou)

Cette corrélation particulière entre langue(s) et identité(s) est notamment mise en évidence dans les enquêtes de Labov comme celle de Martha’s vineyard (Labov, 1972) ou encore dans les travaux de Milroy et Milroy (1985). Ils y démontrent notamment le rôle du vernaculaire comme symbole identitaire dans les communautés à liens étroits.

« Feuilletés identitaires » : valse de sentiments de légitimité/illégitimité linguistique, entre auto/hétéro perceptions…

  • Si, pour le wolof, sa langue maternelle et langue véhiculaire de son pays, il a changé de point de vue après sa migration en France où il est venu poursuivre ses études supérieures, Seydou continue, pour ce qui est du français, de le considérer comme une langue valorisante socialement pour ceux qui le maîtrisent. Ils s’catégorie de locuteurs dans laquelle il s’inclut très clairement, puisqu’il est arrivé en France, comme il le souligne à dessein, avec une licence en lettres modernes et classiques obtenue avec une mention très bien. Très bonne mention impliquant naturellement une très bonne maitrise du français dont les « secrets ne sont pas énormes » pour lui.
  • Il a donc été très surpris (nouvelle déstabilisation dans son histoire relationnelle au français) de constater que les Français semblaient ne pas le comprendre lorsqu’il parlait. Certains – dans le cadre d’un emploi qu’il avait trouvé pour financer ses études – allaient même jusqu’à lui demander d’essayer de « parler normalement », à savoir, « sans accent ». Mais la donne a changé, lorsqu’il a commencé à être sollicité, au regard de ses compétences de « lettré », pour réviser les productions écrites de ceux qui lui disaient d’essayer de parler « normalement »…
  • Venu en France dans les années 2000 pour ses études mais aussi pour « fuir le régime de Wade* », il espère un jour rentrer chez lui, car il ambitionne de s’engager en politique et atteindre éventuellement les plus hautes fonctions Etatiques (si le destin en décide ainsi). Mais en attendant l’éventuelle concrétisation de cette ambition, il s’est installé dans le train-train quotidien d’une vie familiale et professionnelle à Paris, où il vit avec femme et enfants.

*Abdoulaye Wade, Président de la République du Sénégal, successeur du président Abdou Diouf depuis 2000, réélu pour un second mandat présidentiel et à nouveau candidat en Février 2012 pour un mandat de plus, à l’âge de 85 ans. Il a perdu ces élections et cédé sa place à l’actuel président, Macky Sall, élu le 25 mars 2012.

« Je ne suis pas un locuteur légitime par rapport à mon accent »…

« Quand je venais ici, j’avais une licence mais avec une très bonne mention en Littérature Moderne et Comparée ! Donc pour moi, la langue française, ses secrets n’étaient pas énormes. Mais une fois arrivé ici, je me suis senti que je ne suis pas un locuteur légitime par rapport à mon accent. Quand je parle avec un Français, normalement ça doit être naturel, il doit me comprendre ; mais pas me demander de répéter à chaque fois : « pardon, t’as dit quoi ? » Je m’disais : « Est-ce que c’est moi qui parle pas français ou bien y’a un problème sur mon français ? » (Seydou)

… « Mais c’est toi qui corriges »… 
« sa langue à lui »

« C’est ça qui m’a plus légitimé. Parce que quand on vient me voir pour me dire : « Est-ce qu’on doit dire ça ? Est-ce que je l’ai bien dit ? Est-ce que c’est comme ça ? Regarde, est-ce que mon rapport c’est bien fait ? » Et c’est sur sa langue à lui, le Français ! Mais c’est toi qui corriges, c’est toi qui dit : « Non c’est pas ça, j’ai compris ce que tu voulais dire, mais c’est pas ça. Faut dire tel mot à la place de tel mot ». Et même un jour, mon patron a dit que « C’est bizarre que ce soit un Sénégalais qui vous apprenne votre langue ! » (Seydou)

Eléments de synthèse

Dur apprentissage et « sacralisation » du français…

Le français apparaît ici comme une langue « sacrée » pour le Seydou qui a dû user ses fonds de culottes sur les bancs de l’école pour l’apprendre, et parfois payer le prix d’un certain nombre de punitions pour bien le maîtriser.

Ambivalence des rapports à la langue maternelle, de « non langue » à langue d’affirmation identitaire…

  • Fortement stigmatisée dans l’enfance dans le contraste fort au français survalorisé, sacralisé.
  • Puis, dans l’expérience qu’opère la mobilité migratoire, revalorisée dans sa fonction véhiculaire comme emblème d’identification nationale et de manifestation de la « sénégalité »
  • Egalement reconstruite selon une figure idéalisée de langue pure, de vraie langue, par rapport à laquelle Seydou se positionne finalement comme garant et prescripteur, deviendrait presque puriste

  • Séydou déclare vouloir faire un manifeste de « Défense et illustration du wolof », comme pour mieux marquer, dans les lignes de ce clin d’oeil intertextuel, le nouveau statut conféré au wolof (que même ceux qui ne sont pas allés à l’école sont capables de parler), désormais langue à part entière, au même titre que le français…

Histoire de langues publiée dans :
BRETEGNIER A. & TENDING M.-L., 2020 : « Explorer les imaginaires plurilingues pour interroger le sens et les enjeux situés de problématiques de minorisation sociolinguistique ». Dans : K. Gauvin et II. Violette (dir.), Minorisation linguistique et inégalités sociales. Rapports complexes aux langues dans l’espace francophone, Coll. « Sprache, Identität, Kultur », Bern, Peter Lang, pp. 147-163.

Plan de l’exposition →
Imaginaires plurilingues entre familles et écoles : expériences, parcours, démarches didactiques

32 ans, né au Sénégal

Fragments d’histoire de langues

Terrain 6 : « Migr’étudiants »

Corpus de thèse : Parcours migratoires et constructions identitaires en contextes francophones. Une lecture sociolinguistique du processus d’intégration de migrants africains en France et en Acadie du Nouveau-Brunswick, 2014
Marie-Laure Tending

  • Originaire du Sénégal
  • En France depuis 6 ans (au moment de l’entretien)
  • Etudiant en lettres classiques et littératures comparées
  • Né en 1974 à Tivaouane (là où se parle selon lui, le wolof « pur ») => Ville du centre du Sénégal, haut lieu de culte et de pèlerinage de la confrérie religieuse musulmane des Tidjanes [la tidjanyya est un courant du soufisme] et zone principalement dominée par les Wolof.
  • Parents tous les deux Wolofs
  • Langue maternelle déclarée : wolof, unique langue de communication familiale
  • Autres langues : toucouleur (langue « ramassée); français (langue de l’école) ; arabe (langue de la pratique religieuse); anglais (langue scolaire)

Seydou est originaire du Sénégal. Né en 1974, de parents tous les deux Wolofs, à Tivaouane (ville du centre-ouest du Sénégal, où se parlerait selon lui le wolof « le plus pur »), il se dit aujourd’hui fier d’être Wolof et de pratiquer sa langue partout où il en a la possibilité, y compris et surtout à l’étranger, puisqu’elle lui rappelle sa mère patrie. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Dur apprentissage et « sacralisation » du français…

Tout petit déjà, Seydou vouait un respect quasi « religieux » au français, qu’il a appris à l’école, durement. Il garde un souvenir cuisant, mais aussi, d’une certaine manière, reconnaissant, des séances de dictées faites par son père qui leur infligeait, à lui et à son frère, autant de coup de bâtons que de fautes commises).

…minorisations emboitées du wolof et du toucouleur

S’il a « souffert » pour apprendre le français, en revanche, le wolof (la langue que Seydou reconnaît comme étant sa langue maternelle), ainsi que le toucouleur, langue qu’il a « ramassée », comme il dit (en jouant avec le petit voisin dont sa famille et la sienne partageaient une même cour), ils les a acquis sans aucune forme d’effort, et considère, à ce titre, n’avoir aucun mérite à les parler. N’importe qui, en effet, est selon lui capable d’en faire autant, alors que le français n’était, dans le contexte qu’il évoque, accessible qu’à ceux qui avaient le privilège d’être scolarisés et le mérite de bien travailler à l’école, et donc, de pouvoir le maîtriser par ce biais (valorisant, selon les critères appréciatifs de Seydou).

« J’ai trop souffert pour apprendre cette langue »

« Je sais que le français je l’ai toujours respecté, mais trop même ! Parce que bon, j’ai souffert à cause de cette langue quoi. Comme je te l’ai dit, mon père y nous faisait faire des dictées. Tous les soirs on avait droit à une dictée et fallait pas faire de fautes ! Ça c’était hors de question sinon on était bien bien punis quoi [rires], mais très bien sanctionnés! » (Seydou)

« Je ne l’appelais même pas langue »

« C’était juste une langue que je parlais comme ça. Je ne l’appelais même pas langue quoi. C’était naturel quoi, tout le monde parlait wolof quoi. Même ceux qui n’ont pas été à l’école parlaient wolof. Tu vois, on n’a pas souffert pour apprendre cette langue-là. Alors que je sais que j’ai souffert pour apprendre la langue française ! Par contre, le wolof… Bon du coup, pour moi y avait même pas photo quoi entre le français et le wolof. » (Seydou)

Le père de Seydou a été muté dans le Sud du pays, à Ziguinchor, une des villes principales de la Casamance. Cette région, dont le groupe ethnique dominant est celui des Diola, était notamment caractérisée par une présence du véhiculaire national, le wolof, moins forte que dans les autres régions du Sénégal, avec une préférence accordée au français pour les situations de communication interethnique.
Etape marquante dans l’histoire langagière de Seydou et sa relation au français.

Du sanctuaire de la classe à la rue… désacralisation du français

  • L’étape casamançaise du parcours de Seydou (d’une durée de sept ans) constitue en effet une expérience inédite dans son compagnonnage avec le français, relevant, si l’on se place dans son univers représentationnel, de l’ordre du passage du sacré au profane.
  • Lui, pour qui le français représentait une langue réservée au cadre « sacré » de la classe, s’est soudainement retrouvé dans une situation étrange (choquante, pour reprendre ses mots) où le français est aussi une langue de jeu avec les petits camarades, dans la cours de l’école et… en dehors, dans la rue…
  • En d’autres mots, et plus « diglossiquement » parlant, Seydou a dû faire usage du français dans des situations autres que celle très institutionnelle et formelle de la salle de classe, passant, du statut de locuteur passif et occasionnel du français dans ce cadre structuré, et prévisible (le maître parle, lui il écoute et écris ses leçons), à celui d’interlocuteur de manière plus fréquente, spontanée et du coup moins sécure…

« Ce qui m’interroge le plus c’est mon séjour à Ziguinchor parce que je sais que là bas je me suis ADAPTE à quelque chose que je connaissais pas et c’était pas naturel. Je connaissais la langue française, bon pas très bien, mais je pouvais me débrouiller.

[…] là tout a presque changé. Parce que j’arrive dans une école, je suis en CM2, j’ai des nouveaux amis… et tout le monde euh parlait français. ça m’avais choqué! Parce que bon, moi j’étais habitué à parler le wolof avec mes amis que ce soit à l’école que ce soit au quartier.
 
[…] Pour moi le français c’était pas une langue qu’on utilisait dans la rue, dans la cour de l’école. Pour moi c’était une langue uniquement réservée à la classe quoi. Je viens dans la classe, le maître il parle, j’écoute et j’écris mes leçons. Pour moi c’était ça la langue française. Mais pas une langue qu’on va utiliser avec ses copains. Fallait même pas jouer avec! Donc pour moi, sortir cette langue de la classe, dans la cour, dans la rue, c’était un peu diminuer sa valeur quoi. La désacraliser. » (Seydou)

Se dessine en filigrane comme un sentiment d’illégitimité linguistique dans la posture nouvelle de pratique interactive orale du français, en situation informelle… non cadrée

L’arrivée et le séjour de Seydou en France pour la poursuite de ses études supérieures, marque une autre étape importante dans sa vie et sera, comme lors de sa première expérience de mobilité en Casamance, source de reconfiguration de ses rapports identitaires aux langues.

« Dis-moi quelle langue tu parles, je te dirai qui tu es… »

Le wolof que Seydou n’« appelait même langue », néanmoins langue maternelle et véhiculaire de son répertoire langagier, revêt pour lui et de manière plus significative à la faveur de la migration et de l’éloignement de sa mère partie, une fonction de manifestation et d’affirmation de son identité sénégalaise.

« Il faut exprimer notre sénégalité, en faisant quoi ? En parlant notre langue, le wolof »

« On est en France, on est loin de notre Sénégal, mais ce qui nous caractérise ici c’est cette identité sénégalaise. Il y a une langue véhiculaire qui est connue par tout le monde, qui est le wolof. Donc étant Sénégalais je dois manifester ma sénégalité par le wolof. » (Seydou)

« Fonction grégaire » de la langue et sanction sociale…

Le wolof représente en effet l’emblème par excellence d’identification et de reconnaissance nationale des Sénégalais de la diaspora, lui conférant, en sus de sa fonction de véhiculaire, une fonction grégaire propre aux vernaculaires. Cette sanction sociale, exprimée à l’encontre de celles et ceux qui « refuseraient de répondre à une invitation (implicite) de parler wolof », au-delà du fait qu’elle condamnerait la non-allégeance supposée à l’identité sénégalaise, serait peut-être aussi une forme de condamnation symbolique d’une adhésion trop ostentatoire au français, langue officielle, non autochtone, non supposément identitaire, mais langue de l’élite sociale.

« Tu es à Dakar, tu parles français dans la rue ou bien avec tes copines. On dit : « akh de fa beri mana, dey diaye affaires*/elle se la raconte, elle se la pète ».

*Séquence en wolof traduite dans la suite immédiate du propos de Seydou.

C’est ce qu’on dit, tu vois ? C’est encore une fois une preuve de la sanction sociale. C’est comme ça. C’est pas fondé, c’est pas vérifiable, c’est pas scientifique, mais on n’y peut rien. Donc, forcément, quand je viens et que tu refuses de répondre à mon invitation de parler wolof, je dis « ah, elle se la raconte », je me pose pas de questions. » (Seydou)

Cette corrélation particulière entre langue(s) et identité(s) est notamment mise en évidence dans les enquêtes de Labov comme celle de Martha’s vineyard (Labov, 1972) ou encore dans les travaux de Milroy et Milroy (1985). Ils y démontrent notamment le rôle du vernaculaire comme symbole identitaire dans les communautés à liens étroits.

« Feuilletés identitaires » : valse de sentiments de légitimité/illégitimité linguistique, entre auto/hétéro perceptions…

  • Si, pour le wolof, sa langue maternelle et langue véhiculaire de son pays, il a changé de point de vue après sa migration en France où il est venu poursuivre ses études supérieures, Seydou continue, pour ce qui est du français, de le considérer comme une langue valorisante socialement pour ceux qui le maîtrisent. Ils s’catégorie de locuteurs dans laquelle il s’inclut très clairement, puisqu’il est arrivé en France, comme il le souligne à dessein, avec une licence en lettres modernes et classiques obtenue avec une mention très bien. Très bonne mention impliquant naturellement une très bonne maitrise du français dont les « secrets ne sont pas énormes » pour lui.
  • Il a donc été très surpris (nouvelle déstabilisation dans son histoire relationnelle au français) de constater que les Français semblaient ne pas le comprendre lorsqu’il parlait. Certains – dans le cadre d’un emploi qu’il avait trouvé pour financer ses études – allaient même jusqu’à lui demander d’essayer de « parler normalement », à savoir, « sans accent ». Mais la donne a changé, lorsqu’il a commencé à être sollicité, au regard de ses compétences de « lettré », pour réviser les productions écrites de ceux qui lui disaient d’essayer de parler « normalement »…
  • Venu en France dans les années 2000 pour ses études mais aussi pour « fuir le régime de Wade* », il espère un jour rentrer chez lui, car il ambitionne de s’engager en politique et atteindre éventuellement les plus hautes fonctions Etatiques (si le destin en décide ainsi). Mais en attendant l’éventuelle concrétisation de cette ambition, il s’est installé dans le train-train quotidien d’une vie familiale et professionnelle à Paris, où il vit avec femme et enfants.

*Abdoulaye Wade, Président de la République du Sénégal, successeur du président Abdou Diouf depuis 2000, réélu pour un second mandat présidentiel et à nouveau candidat en Février 2012 pour un mandat de plus, à l’âge de 85 ans. Il a perdu ces élections et cédé sa place à l’actuel président, Macky Sall, élu le 25 mars 2012.

« Je ne suis pas un locuteur légitime par rapport à mon accent »…

« Quand je venais ici, j’avais une licence mais avec une très bonne mention en Littérature Moderne et Comparée ! Donc pour moi, la langue française, ses secrets n’étaient pas énormes. Mais une fois arrivé ici, je me suis senti que je ne suis pas un locuteur légitime par rapport à mon accent. Quand je parle avec un Français, normalement ça doit être naturel, il doit me comprendre ; mais pas me demander de répéter à chaque fois : « pardon, t’as dit quoi ? » Je m’disais : « Est-ce que c’est moi qui parle pas français ou bien y’a un problème sur mon français ? » (Seydou)

… « Mais c’est toi qui corriges »… 
« sa langue à lui »

« C’est ça qui m’a plus légitimé. Parce que quand on vient me voir pour me dire : « Est-ce qu’on doit dire ça ? Est-ce que je l’ai bien dit ? Est-ce que c’est comme ça ? Regarde, est-ce que mon rapport c’est bien fait ? » Et c’est sur sa langue à lui, le Français ! Mais c’est toi qui corriges, c’est toi qui dit : « Non c’est pas ça, j’ai compris ce que tu voulais dire, mais c’est pas ça. Faut dire tel mot à la place de tel mot ». Et même un jour, mon patron a dit que « C’est bizarre que ce soit un Sénégalais qui vous apprenne votre langue ! » (Seydou)

Eléments de synthèse

Dur apprentissage et « sacralisation » du français…

Le français apparaît ici comme une langue « sacrée » pour le Seydou qui a dû user ses fonds de culottes sur les bancs de l’école pour l’apprendre, et parfois payer le prix d’un certain nombre de punitions pour bien le maîtriser.

Ambivalence des rapports à la langue maternelle, de « non langue » à langue d’affirmation identitaire…

  • Fortement stigmatisée dans l’enfance dans le contraste fort au français survalorisé, sacralisé.
  • Puis, dans l’expérience qu’opère la mobilité migratoire, revalorisée dans sa fonction véhiculaire comme emblème d’identification nationale et de manifestation de la « sénégalité »
  • Egalement reconstruite selon une figure idéalisée de langue pure, de vraie langue, par rapport à laquelle Seydou se positionne finalement comme garant et prescripteur, deviendrait presque puriste

  • Séydou déclare vouloir faire un manifeste de « Défense et illustration du wolof », comme pour mieux marquer, dans les lignes de ce clin d’oeil intertextuel, le nouveau statut conféré au wolof (que même ceux qui ne sont pas allés à l’école sont capables de parler), désormais langue à part entière, au même titre que le français…

Histoire de langues publiée dans :
BRETEGNIER A. & TENDING M.-L., 2020 : « Explorer les imaginaires plurilingues pour interroger le sens et les enjeux situés de problématiques de minorisation sociolinguistique ». Dans : K. Gauvin et II. Violette (dir.), Minorisation linguistique et inégalités sociales. Rapports complexes aux langues dans l’espace francophone, Coll. « Sprache, Identität, Kultur », Bern, Peter Lang, pp. 147-163.

32 ans, né au Sénégal

Fragments d’histoire de langues

Terrain 6 : « Migr’étudiants »

Corpus de thèse : Parcours migratoires et constructions identitaires en contextes francophones. Une lecture sociolinguistique du processus d’intégration de migrants africains en France et en Acadie du Nouveau-Brunswick, 2014
Marie-Laure Tending

  • Originaire du Sénégal
  • En France depuis 6 ans (au moment de l’entretien)
  • Etudiant en lettres classiques et littératures comparées
  • Né en 1974 à Tivaouane (là où se parle selon lui, le wolof « pur ») => Ville du centre du Sénégal, haut lieu de culte et de pèlerinage de la confrérie religieuse musulmane des Tidjanes [la tidjanyya est un courant du soufisme] et zone principalement dominée par les Wolof.
  • Parents tous les deux Wolofs
  • Langue maternelle déclarée : wolof, unique langue de communication familiale
  • Autres langues : toucouleur (langue « ramassée); français (langue de l’école) ; arabe (langue de la pratique religieuse); anglais (langue scolaire)

Seydou est originaire du Sénégal. Né en 1974, de parents tous les deux Wolofs, à Tivaouane (ville du centre-ouest du Sénégal, où se parlerait selon lui le wolof « le plus pur »), il se dit aujourd’hui fier d’être Wolof et de pratiquer sa langue partout où il en a la possibilité, y compris et surtout à l’étranger, puisqu’elle lui rappelle sa mère patrie. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Dur apprentissage et « sacralisation » du français…

Tout petit déjà, Seydou vouait un respect quasi « religieux » au français, qu’il a appris à l’école, durement. Il garde un souvenir cuisant, mais aussi, d’une certaine manière, reconnaissant, des séances de dictées faites par son père qui leur infligeait, à lui et à son frère, autant de coup de bâtons que de fautes commises).

…minorisations emboitées du wolof et du toucouleur

S’il a « souffert » pour apprendre le français, en revanche, le wolof (la langue que Seydou reconnaît comme étant sa langue maternelle), ainsi que le toucouleur, langue qu’il a « ramassée », comme il dit (en jouant avec le petit voisin dont sa famille et la sienne partageaient une même cour), ils les a acquis sans aucune forme d’effort, et considère, à ce titre, n’avoir aucun mérite à les parler. N’importe qui, en effet, est selon lui capable d’en faire autant, alors que le français n’était, dans le contexte qu’il évoque, accessible qu’à ceux qui avaient le privilège d’être scolarisés et le mérite de bien travailler à l’école, et donc, de pouvoir le maîtriser par ce biais (valorisant, selon les critères appréciatifs de Seydou).

« J’ai trop souffert pour apprendre cette langue »

« Je sais que le français je l’ai toujours respecté, mais trop même ! Parce que bon, j’ai souffert à cause de cette langue quoi. Comme je te l’ai dit, mon père y nous faisait faire des dictées. Tous les soirs on avait droit à une dictée et fallait pas faire de fautes ! Ça c’était hors de question sinon on était bien bien punis quoi [rires], mais très bien sanctionnés! » (Seydou)

« Je ne l’appelais même pas langue »

« C’était juste une langue que je parlais comme ça. Je ne l’appelais même pas langue quoi. C’était naturel quoi, tout le monde parlait wolof quoi. Même ceux qui n’ont pas été à l’école parlaient wolof. Tu vois, on n’a pas souffert pour apprendre cette langue-là. Alors que je sais que j’ai souffert pour apprendre la langue française ! Par contre, le wolof… Bon du coup, pour moi y avait même pas photo quoi entre le français et le wolof. » (Seydou)

Le père de Seydou a été muté dans le Sud du pays, à Ziguinchor, une des villes principales de la Casamance. Cette région, dont le groupe ethnique dominant est celui des Diola, était notamment caractérisée par une présence du véhiculaire national, le wolof, moins forte que dans les autres régions du Sénégal, avec une préférence accordée au français pour les situations de communication interethnique.
Etape marquante dans l’histoire langagière de Seydou et sa relation au français.

Du sanctuaire de la classe à la rue… désacralisation du français

  • L’étape casamançaise du parcours de Seydou (d’une durée de sept ans) constitue en effet une expérience inédite dans son compagnonnage avec le français, relevant, si l’on se place dans son univers représentationnel, de l’ordre du passage du sacré au profane.
  • Lui, pour qui le français représentait une langue réservée au cadre « sacré » de la classe, s’est soudainement retrouvé dans une situation étrange (choquante, pour reprendre ses mots) où le français est aussi une langue de jeu avec les petits camarades, dans la cours de l’école et… en dehors, dans la rue…
  • En d’autres mots, et plus « diglossiquement » parlant, Seydou a dû faire usage du français dans des situations autres que celle très institutionnelle et formelle de la salle de classe, passant, du statut de locuteur passif et occasionnel du français dans ce cadre structuré, et prévisible (le maître parle, lui il écoute et écris ses leçons), à celui d’interlocuteur de manière plus fréquente, spontanée et du coup moins sécure…

« Ce qui m’interroge le plus c’est mon séjour à Ziguinchor parce que je sais que là bas je me suis ADAPTE à quelque chose que je connaissais pas et c’était pas naturel. Je connaissais la langue française, bon pas très bien, mais je pouvais me débrouiller.

[…] là tout a presque changé. Parce que j’arrive dans une école, je suis en CM2, j’ai des nouveaux amis… et tout le monde euh parlait français. ça m’avais choqué! Parce que bon, moi j’étais habitué à parler le wolof avec mes amis que ce soit à l’école que ce soit au quartier.
 
[…] Pour moi le français c’était pas une langue qu’on utilisait dans la rue, dans la cour de l’école. Pour moi c’était une langue uniquement réservée à la classe quoi. Je viens dans la classe, le maître il parle, j’écoute et j’écris mes leçons. Pour moi c’était ça la langue française. Mais pas une langue qu’on va utiliser avec ses copains. Fallait même pas jouer avec! Donc pour moi, sortir cette langue de la classe, dans la cour, dans la rue, c’était un peu diminuer sa valeur quoi. La désacraliser. » (Seydou)

Se dessine en filigrane comme un sentiment d’illégitimité linguistique dans la posture nouvelle de pratique interactive orale du français, en situation informelle… non cadrée

L’arrivée et le séjour de Seydou en France pour la poursuite de ses études supérieures, marque une autre étape importante dans sa vie et sera, comme lors de sa première expérience de mobilité en Casamance, source de reconfiguration de ses rapports identitaires aux langues.

« Dis-moi quelle langue tu parles, je te dirai qui tu es… »

Le wolof que Seydou n’« appelait même langue », néanmoins langue maternelle et véhiculaire de son répertoire langagier, revêt pour lui et de manière plus significative à la faveur de la migration et de l’éloignement de sa mère partie, une fonction de manifestation et d’affirmation de son identité sénégalaise.

« Il faut exprimer notre sénégalité, en faisant quoi ? En parlant notre langue, le wolof »

« On est en France, on est loin de notre Sénégal, mais ce qui nous caractérise ici c’est cette identité sénégalaise. Il y a une langue véhiculaire qui est connue par tout le monde, qui est le wolof. Donc étant Sénégalais je dois manifester ma sénégalité par le wolof. » (Seydou)

« Fonction grégaire » de la langue et sanction sociale…

Le wolof représente en effet l’emblème par excellence d’identification et de reconnaissance nationale des Sénégalais de la diaspora, lui conférant, en sus de sa fonction de véhiculaire, une fonction grégaire propre aux vernaculaires. Cette sanction sociale, exprimée à l’encontre de celles et ceux qui « refuseraient de répondre à une invitation (implicite) de parler wolof », au-delà du fait qu’elle condamnerait la non-allégeance supposée à l’identité sénégalaise, serait peut-être aussi une forme de condamnation symbolique d’une adhésion trop ostentatoire au français, langue officielle, non autochtone, non supposément identitaire, mais langue de l’élite sociale.

« Tu es à Dakar, tu parles français dans la rue ou bien avec tes copines. On dit : « akh de fa beri mana, dey diaye affaires*/elle se la raconte, elle se la pète ».

*Séquence en wolof traduite dans la suite immédiate du propos de Seydou.

C’est ce qu’on dit, tu vois ? C’est encore une fois une preuve de la sanction sociale. C’est comme ça. C’est pas fondé, c’est pas vérifiable, c’est pas scientifique, mais on n’y peut rien. Donc, forcément, quand je viens et que tu refuses de répondre à mon invitation de parler wolof, je dis « ah, elle se la raconte », je me pose pas de questions. » (Seydou)

Cette corrélation particulière entre langue(s) et identité(s) est notamment mise en évidence dans les enquêtes de Labov comme celle de Martha’s vineyard (Labov, 1972) ou encore dans les travaux de Milroy et Milroy (1985). Ils y démontrent notamment le rôle du vernaculaire comme symbole identitaire dans les communautés à liens étroits.

« Feuilletés identitaires » : valse de sentiments de légitimité/illégitimité linguistique, entre auto/hétéro perceptions…

  • Si, pour le wolof, sa langue maternelle et langue véhiculaire de son pays, il a changé de point de vue après sa migration en France où il est venu poursuivre ses études supérieures, Seydou continue, pour ce qui est du français, de le considérer comme une langue valorisante socialement pour ceux qui le maîtrisent. Ils s’catégorie de locuteurs dans laquelle il s’inclut très clairement, puisqu’il est arrivé en France, comme il le souligne à dessein, avec une licence en lettres modernes et classiques obtenue avec une mention très bien. Très bonne mention impliquant naturellement une très bonne maitrise du français dont les « secrets ne sont pas énormes » pour lui.
  • Il a donc été très surpris (nouvelle déstabilisation dans son histoire relationnelle au français) de constater que les Français semblaient ne pas le comprendre lorsqu’il parlait. Certains – dans le cadre d’un emploi qu’il avait trouvé pour financer ses études – allaient même jusqu’à lui demander d’essayer de « parler normalement », à savoir, « sans accent ». Mais la donne a changé, lorsqu’il a commencé à être sollicité, au regard de ses compétences de « lettré », pour réviser les productions écrites de ceux qui lui disaient d’essayer de parler « normalement »…
  • Venu en France dans les années 2000 pour ses études mais aussi pour « fuir le régime de Wade* », il espère un jour rentrer chez lui, car il ambitionne de s’engager en politique et atteindre éventuellement les plus hautes fonctions Etatiques (si le destin en décide ainsi). Mais en attendant l’éventuelle concrétisation de cette ambition, il s’est installé dans le train-train quotidien d’une vie familiale et professionnelle à Paris, où il vit avec femme et enfants.

*Abdoulaye Wade, Président de la République du Sénégal, successeur du président Abdou Diouf depuis 2000, réélu pour un second mandat présidentiel et à nouveau candidat en Février 2012 pour un mandat de plus, à l’âge de 85 ans. Il a perdu ces élections et cédé sa place à l’actuel président, Macky Sall, élu le 25 mars 2012.

« Je ne suis pas un locuteur légitime par rapport à mon accent »…

« Quand je venais ici, j’avais une licence mais avec une très bonne mention en Littérature Moderne et Comparée ! Donc pour moi, la langue française, ses secrets n’étaient pas énormes. Mais une fois arrivé ici, je me suis senti que je ne suis pas un locuteur légitime par rapport à mon accent. Quand je parle avec un Français, normalement ça doit être naturel, il doit me comprendre ; mais pas me demander de répéter à chaque fois : « pardon, t’as dit quoi ? » Je m’disais : « Est-ce que c’est moi qui parle pas français ou bien y’a un problème sur mon français ? » (Seydou)

… « Mais c’est toi qui corriges »… 
« sa langue à lui »

« C’est ça qui m’a plus légitimé. Parce que quand on vient me voir pour me dire : « Est-ce qu’on doit dire ça ? Est-ce que je l’ai bien dit ? Est-ce que c’est comme ça ? Regarde, est-ce que mon rapport c’est bien fait ? » Et c’est sur sa langue à lui, le Français ! Mais c’est toi qui corriges, c’est toi qui dit : « Non c’est pas ça, j’ai compris ce que tu voulais dire, mais c’est pas ça. Faut dire tel mot à la place de tel mot ». Et même un jour, mon patron a dit que « C’est bizarre que ce soit un Sénégalais qui vous apprenne votre langue ! » (Seydou)

Eléments de synthèse

Dur apprentissage et « sacralisation » du français…

Le français apparaît ici comme une langue « sacrée » pour le Seydou qui a dû user ses fonds de culottes sur les bancs de l’école pour l’apprendre, et parfois payer le prix d’un certain nombre de punitions pour bien le maîtriser.

Ambivalence des rapports à la langue maternelle, de « non langue » à langue d’affirmation identitaire…

  • Fortement stigmatisée dans l’enfance dans le contraste fort au français survalorisé, sacralisé.
  • Puis, dans l’expérience qu’opère la mobilité migratoire, revalorisée dans sa fonction véhiculaire comme emblème d’identification nationale et de manifestation de la « sénégalité »
  • Egalement reconstruite selon une figure idéalisée de langue pure, de vraie langue, par rapport à laquelle Seydou se positionne finalement comme garant et prescripteur, deviendrait presque puriste

  • Séydou déclare vouloir faire un manifeste de « Défense et illustration du wolof », comme pour mieux marquer, dans les lignes de ce clin d’oeil intertextuel, le nouveau statut conféré au wolof (que même ceux qui ne sont pas allés à l’école sont capables de parler), désormais langue à part entière, au même titre que le français…

Histoire de langues publiée dans :
BRETEGNIER A. & TENDING M.-L., 2020 : « Explorer les imaginaires plurilingues pour interroger le sens et les enjeux situés de problématiques de minorisation sociolinguistique ». Dans : K. Gauvin et II. Violette (dir.), Minorisation linguistique et inégalités sociales. Rapports complexes aux langues dans l’espace francophone, Coll. « Sprache, Identität, Kultur », Bern, Peter Lang, pp. 147-163.

À CONSULTER...

32 ans, né au Sénégal

Fragments d’histoire de langues

Terrain 6 : « Migr’étudiants »

Corpus de thèse : Parcours migratoires et constructions identitaires en contextes francophones. Une lecture sociolinguistique du processus d’intégration de migrants africains en France et en Acadie du Nouveau-Brunswick, 2014
Marie-Laure Tending

  • Originaire du Sénégal
  • En France depuis 6 ans (au moment de l’entretien)
  • Etudiant en lettres classiques et littératures comparées
  • Né en 1974 à Tivaouane (là où se parle selon lui, le wolof « pur ») => Ville du centre du Sénégal, haut lieu de culte et de pèlerinage de la confrérie religieuse musulmane des Tidjanes [la tidjanyya est un courant du soufisme] et zone principalement dominée par les Wolof.
  • Parents tous les deux Wolofs
  • Langue maternelle déclarée : wolof, unique langue de communication familiale
  • Autres langues : toucouleur (langue « ramassée); français (langue de l’école) ; arabe (langue de la pratique religieuse); anglais (langue scolaire)

Seydou est originaire du Sénégal. Né en 1974, de parents tous les deux Wolofs, à Tivaouane (ville du centre-ouest du Sénégal, où se parlerait selon lui le wolof « le plus pur »), il se dit aujourd’hui fier d’être Wolof et de pratiquer sa langue partout où il en a la possibilité, y compris et surtout à l’étranger, puisqu’elle lui rappelle sa mère patrie. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Dur apprentissage et « sacralisation » du français…

Tout petit déjà, Seydou vouait un respect quasi « religieux » au français, qu’il a appris à l’école, durement. Il garde un souvenir cuisant, mais aussi, d’une certaine manière, reconnaissant, des séances de dictées faites par son père qui leur infligeait, à lui et à son frère, autant de coup de bâtons que de fautes commises).

…minorisations emboitées du wolof et du toucouleur

S’il a « souffert » pour apprendre le français, en revanche, le wolof (la langue que Seydou reconnaît comme étant sa langue maternelle), ainsi que le toucouleur, langue qu’il a « ramassée », comme il dit (en jouant avec le petit voisin dont sa famille et la sienne partageaient une même cour), ils les a acquis sans aucune forme d’effort, et considère, à ce titre, n’avoir aucun mérite à les parler. N’importe qui, en effet, est selon lui capable d’en faire autant, alors que le français n’était, dans le contexte qu’il évoque, accessible qu’à ceux qui avaient le privilège d’être scolarisés et le mérite de bien travailler à l’école, et donc, de pouvoir le maîtriser par ce biais (valorisant, selon les critères appréciatifs de Seydou).

« J’ai trop souffert pour apprendre cette langue »

« Je sais que le français je l’ai toujours respecté, mais trop même ! Parce que bon, j’ai souffert à cause de cette langue quoi. Comme je te l’ai dit, mon père y nous faisait faire des dictées. Tous les soirs on avait droit à une dictée et fallait pas faire de fautes ! Ça c’était hors de question sinon on était bien bien punis quoi [rires], mais très bien sanctionnés! » (Seydou)

« Je ne l’appelais même pas langue »

« C’était juste une langue que je parlais comme ça. Je ne l’appelais même pas langue quoi. C’était naturel quoi, tout le monde parlait wolof quoi. Même ceux qui n’ont pas été à l’école parlaient wolof. Tu vois, on n’a pas souffert pour apprendre cette langue-là. Alors que je sais que j’ai souffert pour apprendre la langue française ! Par contre, le wolof… Bon du coup, pour moi y avait même pas photo quoi entre le français et le wolof. » (Seydou)

Le père de Seydou a été muté dans le Sud du pays, à Ziguinchor, une des villes principales de la Casamance. Cette région, dont le groupe ethnique dominant est celui des Diola, était notamment caractérisée par une présence du véhiculaire national, le wolof, moins forte que dans les autres régions du Sénégal, avec une préférence accordée au français pour les situations de communication interethnique.
Etape marquante dans l’histoire langagière de Seydou et sa relation au français.

Du sanctuaire de la classe à la rue… désacralisation du français

  • L’étape casamançaise du parcours de Seydou (d’une durée de sept ans) constitue en effet une expérience inédite dans son compagnonnage avec le français, relevant, si l’on se place dans son univers représentationnel, de l’ordre du passage du sacré au profane.
  • Lui, pour qui le français représentait une langue réservée au cadre « sacré » de la classe, s’est soudainement retrouvé dans une situation étrange (choquante, pour reprendre ses mots) où le français est aussi une langue de jeu avec les petits camarades, dans la cours de l’école et… en dehors, dans la rue…
  • En d’autres mots, et plus « diglossiquement » parlant, Seydou a dû faire usage du français dans des situations autres que celle très institutionnelle et formelle de la salle de classe, passant, du statut de locuteur passif et occasionnel du français dans ce cadre structuré, et prévisible (le maître parle, lui il écoute et écris ses leçons), à celui d’interlocuteur de manière plus fréquente, spontanée et du coup moins sécure…

« Ce qui m’interroge le plus c’est mon séjour à Ziguinchor parce que je sais que là bas je me suis ADAPTE à quelque chose que je connaissais pas et c’était pas naturel. Je connaissais la langue française, bon pas très bien, mais je pouvais me débrouiller.

[…] là tout a presque changé. Parce que j’arrive dans une école, je suis en CM2, j’ai des nouveaux amis… et tout le monde euh parlait français. ça m’avais choqué! Parce que bon, moi j’étais habitué à parler le wolof avec mes amis que ce soit à l’école que ce soit au quartier.
 
[…] Pour moi le français c’était pas une langue qu’on utilisait dans la rue, dans la cour de l’école. Pour moi c’était une langue uniquement réservée à la classe quoi. Je viens dans la classe, le maître il parle, j’écoute et j’écris mes leçons. Pour moi c’était ça la langue française. Mais pas une langue qu’on va utiliser avec ses copains. Fallait même pas jouer avec! Donc pour moi, sortir cette langue de la classe, dans la cour, dans la rue, c’était un peu diminuer sa valeur quoi. La désacraliser. » (Seydou)

Se dessine en filigrane comme un sentiment d’illégitimité linguistique dans la posture nouvelle de pratique interactive orale du français, en situation informelle… non cadrée

L’arrivée et le séjour de Seydou en France pour la poursuite de ses études supérieures, marque une autre étape importante dans sa vie et sera, comme lors de sa première expérience de mobilité en Casamance, source de reconfiguration de ses rapports identitaires aux langues.

« Dis-moi quelle langue tu parles, je te dirai qui tu es… »

Le wolof que Seydou n’« appelait même langue », néanmoins langue maternelle et véhiculaire de son répertoire langagier, revêt pour lui et de manière plus significative à la faveur de la migration et de l’éloignement de sa mère partie, une fonction de manifestation et d’affirmation de son identité sénégalaise.

« Il faut exprimer notre sénégalité, en faisant quoi ? En parlant notre langue, le wolof »

« On est en France, on est loin de notre Sénégal, mais ce qui nous caractérise ici c’est cette identité sénégalaise. Il y a une langue véhiculaire qui est connue par tout le monde, qui est le wolof. Donc étant Sénégalais je dois manifester ma sénégalité par le wolof. » (Seydou)

« Fonction grégaire » de la langue et sanction sociale…

Le wolof représente en effet l’emblème par excellence d’identification et de reconnaissance nationale des Sénégalais de la diaspora, lui conférant, en sus de sa fonction de véhiculaire, une fonction grégaire propre aux vernaculaires. Cette sanction sociale, exprimée à l’encontre de celles et ceux qui « refuseraient de répondre à une invitation (implicite) de parler wolof », au-delà du fait qu’elle condamnerait la non-allégeance supposée à l’identité sénégalaise, serait peut-être aussi une forme de condamnation symbolique d’une adhésion trop ostentatoire au français, langue officielle, non autochtone, non supposément identitaire, mais langue de l’élite sociale.

« Tu es à Dakar, tu parles français dans la rue ou bien avec tes copines. On dit : « akh de fa beri mana, dey diaye affaires*/elle se la raconte, elle se la pète ».

*Séquence en wolof traduite dans la suite immédiate du propos de Seydou.

C’est ce qu’on dit, tu vois ? C’est encore une fois une preuve de la sanction sociale. C’est comme ça. C’est pas fondé, c’est pas vérifiable, c’est pas scientifique, mais on n’y peut rien. Donc, forcément, quand je viens et que tu refuses de répondre à mon invitation de parler wolof, je dis « ah, elle se la raconte », je me pose pas de questions. » (Seydou)

Cette corrélation particulière entre langue(s) et identité(s) est notamment mise en évidence dans les enquêtes de Labov comme celle de Martha’s vineyard (Labov, 1972) ou encore dans les travaux de Milroy et Milroy (1985). Ils y démontrent notamment le rôle du vernaculaire comme symbole identitaire dans les communautés à liens étroits.

« Feuilletés identitaires » : valse de sentiments de légitimité/illégitimité linguistique, entre auto/hétéro perceptions…

  • Si, pour le wolof, sa langue maternelle et langue véhiculaire de son pays, il a changé de point de vue après sa migration en France où il est venu poursuivre ses études supérieures, Seydou continue, pour ce qui est du français, de le considérer comme une langue valorisante socialement pour ceux qui le maîtrisent. Ils s’catégorie de locuteurs dans laquelle il s’inclut très clairement, puisqu’il est arrivé en France, comme il le souligne à dessein, avec une licence en lettres modernes et classiques obtenue avec une mention très bien. Très bonne mention impliquant naturellement une très bonne maitrise du français dont les « secrets ne sont pas énormes » pour lui.
  • Il a donc été très surpris (nouvelle déstabilisation dans son histoire relationnelle au français) de constater que les Français semblaient ne pas le comprendre lorsqu’il parlait. Certains – dans le cadre d’un emploi qu’il avait trouvé pour financer ses études – allaient même jusqu’à lui demander d’essayer de « parler normalement », à savoir, « sans accent ». Mais la donne a changé, lorsqu’il a commencé à être sollicité, au regard de ses compétences de « lettré », pour réviser les productions écrites de ceux qui lui disaient d’essayer de parler « normalement »…
  • Venu en France dans les années 2000 pour ses études mais aussi pour « fuir le régime de Wade* », il espère un jour rentrer chez lui, car il ambitionne de s’engager en politique et atteindre éventuellement les plus hautes fonctions Etatiques (si le destin en décide ainsi). Mais en attendant l’éventuelle concrétisation de cette ambition, il s’est installé dans le train-train quotidien d’une vie familiale et professionnelle à Paris, où il vit avec femme et enfants.

*Abdoulaye Wade, Président de la République du Sénégal, successeur du président Abdou Diouf depuis 2000, réélu pour un second mandat présidentiel et à nouveau candidat en Février 2012 pour un mandat de plus, à l’âge de 85 ans. Il a perdu ces élections et cédé sa place à l’actuel président, Macky Sall, élu le 25 mars 2012.

« Je ne suis pas un locuteur légitime par rapport à mon accent »…

« Quand je venais ici, j’avais une licence mais avec une très bonne mention en Littérature Moderne et Comparée ! Donc pour moi, la langue française, ses secrets n’étaient pas énormes. Mais une fois arrivé ici, je me suis senti que je ne suis pas un locuteur légitime par rapport à mon accent. Quand je parle avec un Français, normalement ça doit être naturel, il doit me comprendre ; mais pas me demander de répéter à chaque fois : « pardon, t’as dit quoi ? » Je m’disais : « Est-ce que c’est moi qui parle pas français ou bien y’a un problème sur mon français ? » (Seydou)

… « Mais c’est toi qui corriges »… 
« sa langue à lui »

« C’est ça qui m’a plus légitimé. Parce que quand on vient me voir pour me dire : « Est-ce qu’on doit dire ça ? Est-ce que je l’ai bien dit ? Est-ce que c’est comme ça ? Regarde, est-ce que mon rapport c’est bien fait ? » Et c’est sur sa langue à lui, le Français ! Mais c’est toi qui corriges, c’est toi qui dit : « Non c’est pas ça, j’ai compris ce que tu voulais dire, mais c’est pas ça. Faut dire tel mot à la place de tel mot ». Et même un jour, mon patron a dit que « C’est bizarre que ce soit un Sénégalais qui vous apprenne votre langue ! » (Seydou)

Eléments de synthèse

Dur apprentissage et « sacralisation » du français…

Le français apparaît ici comme une langue « sacrée » pour le Seydou qui a dû user ses fonds de culottes sur les bancs de l’école pour l’apprendre, et parfois payer le prix d’un certain nombre de punitions pour bien le maîtriser.

Ambivalence des rapports à la langue maternelle, de « non langue » à langue d’affirmation identitaire…

  • Fortement stigmatisée dans l’enfance dans le contraste fort au français survalorisé, sacralisé.
  • Puis, dans l’expérience qu’opère la mobilité migratoire, revalorisée dans sa fonction véhiculaire comme emblème d’identification nationale et de manifestation de la « sénégalité »
  • Egalement reconstruite selon une figure idéalisée de langue pure, de vraie langue, par rapport à laquelle Seydou se positionne finalement comme garant et prescripteur, deviendrait presque puriste

  • Séydou déclare vouloir faire un manifeste de « Défense et illustration du wolof », comme pour mieux marquer, dans les lignes de ce clin d’oeil intertextuel, le nouveau statut conféré au wolof (que même ceux qui ne sont pas allés à l’école sont capables de parler), désormais langue à part entière, au même titre que le français…

Histoire de langues publiée dans :
BRETEGNIER A. & TENDING M.-L., 2020 : « Explorer les imaginaires plurilingues pour interroger le sens et les enjeux situés de problématiques de minorisation sociolinguistique ». Dans : K. Gauvin et II. Violette (dir.), Minorisation linguistique et inégalités sociales. Rapports complexes aux langues dans l’espace francophone, Coll. « Sprache, Identität, Kultur », Bern, Peter Lang, pp. 147-163.

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